Pour atteindre les Chutes Waber, au coeur du parc national de la Mauricie, il faut d'abord parcourir près d'une heure et demie en kayak. Ce trajet fait entièrement partie de l'expérience : impossible d'y accéder sans passer par l'eau, en s'éloignant lentement de la civilisation pour remonter vers l'ouest, au fil des courants tranquilles.

Tout commence à la station d'embarcation, le temps d'enfiler les vestes de flottaison et de recevoir les dernières indications : partir vers la gauche sur le lac Wapizagonke, un vaste plan d'eau composé de trois bassins distincts, puis s'engager dans une petite rivière. Ce matin-là, la température était idéale, déjà chaude mais sans lourdeur, parfaite pour une longue traversée.

Après avoir glissé sous le pont, nous avons remonté la rivière sur quelques mètres avant d'atteindre le deuxième bassin. L'eau était calme, presque immobile, portée par une légère brise. Peu à peu, les rives se resserraient, les sons humains disparaissaient, et l'on avait vraiment l'impression de s'enfoncer au coeur du territoire sauvage. Au centre de ce bassin se trouve une île, comme un repère naturel qui marque la moitié du parcours avant d'entrer dans le ruisseau qui allait devenir mon moment préféré de toute la traversée en embarcation..

Ce ruisseau sablonneux serpente entre de petits arbres qui forment parfois un véritable tunnel de verdure. Le courant y est lent, freiné par plusieurs barrages de castors et obstacles naturels. À quelques reprises, il a fallu sortir du kayak, mettre les pieds dans l'eau et pousser l'embarcation pour franchir ces passages. Le fond de sable rendait la manoeuvre facile, et chaque obstacle franchi donnait un peu plus l'impression de participer à une véritable expédition.

Nous avons ensuite atteint le dernier bassin du lac Wapizagonke, la dernière ligne droite avant le sentier menant aux chutes. Cette section est parsemée de petites îles, toutes protégées, avec des panneaux rappelant qu'il est interdit d'y débarquer afin de préserver les sites de nidification des huards et d'autres oiseaux qui y trouvent refuge.

L'arrivée au point de débarquement se fait sur une longue plage qui offre amplement d'espace pour tirer les kayaks hors de l'eau. Il n'y a aucun moyen de les cadenasser : il faut faire confiance, autant pour l'embarcation que pour le matériel laissé à l'intérieur. J'ai choisi de voyager léger pour la marche à venir, laissant dans le compartiment du kayak ce qui ne serait pas nécessaire. Nous avons pris le temps de dîner assis sur un petit ponceau, les pieds au-dessus de l'eau, savourant ce moment de calme avant d'entamer l'heure de randonnée qui nous séparait encore des Chutes Waber.

Une traversée qui, à elle seule, valait déjà le voyage, et qui donnait tout son sens à l'idée de prendre le temps d'arriver, avant même de découvrir la destination.